Généalogie des villageois

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Bernard Dermy, notre ami et le co-fondateur passionné de notre association nous a quittés.

 

BERNARD DERMY (1922-2016)
Cérémonie du 2 mai 2016
Hommage de la présidente de l’association «Autour des Beauharnais»

Cher Bernard,
Nous avons commencé une longue amitié, il y a seize ans, à la création de notre association historique « Autour des Beauharnais » et tu m’as tout de suite étonnée.
Tu m’as étonnée par ta jeunesse, tu n’avais même pas 80 ans après tout. Tu étais fan de musique comme un adolescent de 15 ans, amoureux de ta Paulette comme à 20 ans, bosseur acharné comme à 30 ans. Tu pouvais également ronchonner comme à 12 ans. Bref tu étais plein de jeunesse et plein de passions.
Ta première passion, c’était la Grande Histoire. Tu étais archiviste dans l’âme. A l’époque, tu montais, par des moyens hasardeux, dans le grenier du presbytère de l’époque, où étaient entreposées dans la poussière et dans le plus grand désordre, les archives religieuses de plusieurs siècles et de plusieurs villages. Là, au milieu des crottes de pigeons, tu t’étais installé une petite table bien propre et là, tu lisais, annotais, classais, archivais pendant des heures. Ce faisant, tu as sauvé une grande partie des archives de la région.
Mais les archives ne t’empêchaient pas de te lancer dans de nouvelles aventures: Paulette travaille à la Mairie, tu en profites pour transcrire à la main, les premiers bulletins municipaux de la Ferté sous la Révolution, de 1790 à 1800. Ils sont presque illisibles, mais tu t’en débrouilles et tu les traduis. Encore un bien précieux sauvé !
«Bernard» disais-je, «ce serait bien si tu te mettais à l’informatique.» «A 81 ans, tu crois? Bon, je vais le faire.» Et voilà, en un an, tu as acheté un ordinateur et tu es devenu un pro de l’informatique, plus performant que nous, car plus appliqué et plus énergique.
Que dire de ta vaste érudition que tu n’arrêtais pas d’augmenter, de ta rigoureuse loyauté intellectuelle qui appuyait la rédaction de tes découvertes: tu t’es penché sur les chanoines qui ont investi La Ferté pendant sept siècles, sur le curé Brignet qui disparut sous la Révolution et tu en as rédigé des documents passionnants.
Ces derniers temps, tu étais intéressé par la généalogie et ta dernière grande joie fut la sortie du livre de ton fils sur la généalogie familiale.
Mais ce serait te minimiser que d’oublier l’ami fidèle et le joyeux compagnon que tu étais, toujours accueillant et convivial. «Je vais te faire goûter mon dernier petit vin, tu vas voir, il n’est pas mauvais.»
Tu n’es plus là, Bernard, mais ton œuvre va continuer et le fruit de ton travail éclairera des générations de chercheurs du futur.
Mais, cher Bernard, qu’est-ce que tu vas nous manquer .....

Madeleine Chenon

Marie-Madeleine de La Selle (1796-1873), Châtelaine de La Ferté


Mac Mahon
Marie-Madeleine de La Selle (1796-1873)
Châtelaine de La Ferté

De La Selle

 

Marie-Madeleine de Mac Mahon est née le 13 janvier 1796. Son illustre famille descendait du premier roi d’Irlande aux environs de l’an 1000. En 1696, après la capitulation de Limerick devant les Anglais, les Mac Mahon émigrèrent et leur régiment se mit au service du Roi de France.

Jean-Baptiste de Mac Mahon (1715-1775), naturalisé français en 1749, fut reconnu pour « noble de nom et d’armes ». Son fils, Maurice-François (1754-1831) eut 17 enfants dont Marie-Madeleine (la 3ème). Son frère cadet, Patrice (1808-1893) fut Maréchal de France et Président de la République (1873-1879).

En 1820, Marie-Madeleine épousa un aristocrate d’Anjou, le chevalier René de La Selle de Ligné. Elle a 23 ans, lui 47 ans. Le couple eut cinq enfants et vint se fixer en 1830 à La Ferté Beauharnais. René mourut en 1841 et Marie-Madeleine, veuve, édifia le pays par sa piété (elle entendait la messe tous les matins) et surtout par sa bienfaisance. Elle nourrissait les familles pauvres à longueur d’année et leur donnait du bois et des vêtements chauds en hiver.

Elle habita le château de La Ferté Beauharnais pendant 43 ans et ne laissa de son passage que de bons souvenirs. Avec le soutien moral et les conseils du curé Yvonneau, elle créa et soutint à bout de bras financièrement la petite école de filles tenue par les religieuses de la Pommeraye.

Marie-Madeleine mourut le 23 décembre 1872. Le curé Yvonneau fit paraître sa nécrologie dans « La Semaine Religieuse. » Son frère Patrice, alors Président de la République, vint la pleurer à La Ferté. L’église se révéla trop petite pour accueillir les habitants du village et des communes voisines.

Madeleine Chenon

 

Acte de décès de Marie Madeleine de La Selle (registre d'état civil N.M.D. 1863 - 1902 / 1 MIEC 83 R1 page 641 provenant du site internet Culture 41 du conseil départemental du Loir et Cher)

Louis Bonne (1731 – 1794 - ?) aubergiste aux « Trois Piliers » et officier municipal

Louis Bonne, né à Villebourgeon (Neung) le 26 décembre 1731, fut régisseur et jardinier du château de Villebourgeon puis tenancier de l’auberge des « Trois Piliers » à la Ferté Avrain. Située en face du château de la Ferté et à côte de la mairie de l’époque, l’auberge était un lieu stratégique.
Louis Bonne est un ami d’Alexandre de Beauharnais et occupera plusieurs postes dès le début de la Révolution.
1789 : il est signataire du cahier des Doléances de la ferté
1790 : il devient officier municipal. Comme tel, il fait partie de la 2ème section, devient Commissaire adjoint de surveillance à la contribution mobilière, puis Receveur des contributions foncière et mobilière le 7 août 1791. On peut penser qu’il inspire confiance.
1793 : le 22 septembre, il est un des trois scrutateurs lors de l’élection à la majorité absolue d’Alexandre de Beauharnais comme maire.
Le 20 Brumaire an 2 (23 octobre 1793) il est élu Commissaire vérificateur.
Le 3 Frimaire an 2, il fait partie de la liste des citoyens envoyés au procureur syndic de Romorantin pour concourir à former des jurés. Il est censé avoir 150 livres de revenu.
Le 23 Nivôse an 2, il est désigné pour faire partie du Comité de surveillance.
Le 14 Pluviôse an 2, il re-signe un certificat de résidence pour Alexandre de Beauharnais, puis un certificat de vie.
Le 10 Ventôse an 2, il signe un certificat de résidence au citoyen Simon Brignet (curé) pour le protéger.
Le 7 Floréal an 2, on le retrouve parmi les 6 notables qui constituent le Comité de Surveillance et qui assistent Phallier Mancelle qui fait fonction de Maire.
Le 20 Messidor an 2 (8 juillet 1794) il est nommé un des deux distributeurs (de biens aux indigents?).
C’est sa dernière apparition au conseil municipal.


Madeleine Chenon

Octave Deslages (1872-1937) un maçon qui a la bosse du commerce

C’est l’arrière-petit-fils de Pierre Deslages, charretier du prince Eugène. Dans la famille Deslage on sait tout faire, mais on est d’abord maçon. Comme maçon, Octave – dit « Louloume » - va construire la plupart des « maisons modernes » de la ferté, en les faisant passer de l’ère du torchis à l’ère de la brique et un peu de la pierre. Il va les doter d’un étage, ce qui à l’époque est rare. Comme il sait tout faire, il a la bosse du commerce. Déjà, son père, Gilbert, en plus de son métier de maçon, vendait des petits fagots de bois dits « margottins » pour les fours des boulangers de Paris. Octave reprend les activités de son père en les étoffant. Il fait du charbon de bois et des charbonnettes de bouleau qu’il vend en petit sac pour allumer les cuisinières. Il exploite les sapins pour en faire des piquets de mines vendus en Belgique, des balais de bouleau pour entretenir le métro parisien et des bondes d’étang pour la Sologne. Bref, il sait tout faire et il commence une belle fortune. Il a beaucoup d’amis car c’est un joyeux drille, un excellent diplomate et un bon braconnier (il pêchait à la senne). Il n’hésite pas à aller boire un coup avec les gendarmes ou avec le châtelain avec lequel il entretient des relations privilégiées. Ce qui lui évite tout ennui.
Son fils Marc reprend l’entreprise de son père, en la développant considérablement. Pour la fabrication des balais, il crée un atelier avec tapis roulant et lieuse perfectionnée. Il construit une scierie avec un atelier de fabriques de moulures pour l’électricité et une fabrique de parquets. Il fabrique du gazogène, ce qui permet aux voitures de marcher pendant la guerre et donne du travail à nombre d’habitants de la Ferté.

Madeleine Chenon

Marguerite Bourgeois ( ?- 1717 – 1731 - ?) pieuse mère de famille à Veillas

Marguerite Bourgeois, en 1717, habite la métairie de Veillas. Ce n’est pas une sinécure même si la famille est aisée. Son mari, Jean Duplan, est laboureur et il possède son attelage qu’il peut prêter à ceux qui n’en n’ont pas lors des semailles. Et ceux-ci fournissent leurs bras au moment des récoltes.
Le problème, ce sont les épidémies récurrentes. La peste apportée par le déplacement des armées en campagne, les épidémies de typhoïde, le mal des ardents. Les malades et les mendiants à la recherche d’un secours errent sur le chemin bas dans l’espoir d’être soignés et recueillis par le Prieuré du Petit Bourg, au bout du chemin. Les fermiers les accueillent dans les granges à cause de la contamination et souvent ces pauvres y meurent. Un garçon de 15 ans meurt brutalement, ici, sans prévenir. Hier, c’était un autre au Joinchet.
Marguerite est une femme solide et dans ce contexte difficile elle va mettre au monde sept enfants en douze ans: quatre filles et trois garçons de 1718 à 1731. Parmi ceux-ci, il y a un garçon dont le prénom est insolite: Denis-Orient Duplan est baptisé le 23 juin 1725. Son parrain est Maître Orient François Carré, «Prestre Prieur» du Bourg Notre Dame et de Saint martin de Viononne (Vernou). Le petit est bien protégé ! Par la suite, en 1726, Marguerite sera marraine de Marguerite Bazin, fille du meunier des Cloyes et peut-être de nombreux autres bébés du chemin bas.

Madeleine Chenon

Joseph-Charles Jolly ( ? -1783 – 1791 - ?) dernier prieur de Notre Dame du Bourg

En 1783, quand Maître Joseph-Charles Jolly, prêtre, professeur royal dans la maison de la Sorbonne, chanoine de l’église cathédrale d’Amiens, devient prieur du prieuré Notre Dame du Bourg, il ne se doute pas qu’il en est le dernier locataire. Il est sous la protection de la vénérable abbaye de Saint Mesmin. La gestion financière du prieuré est assurée par la famille Thibonneau depuis plus de 50 ans.
La Révolution opère un réel tremblement de terre. Les biens de l’Eglise, devenus « biens nationaux », sont confisqués. Les religieux sont censés être payés par la Nation.
Le 3 juin 1791, le district de Romorantin envoie à la municipalité de Neung un mandat de 160 livres pour le traitement de Monsieur Jolly, prêtre ci-devant titulaire du dit Prieuré. Tout semble prendre forme.
Mais patatras, le 12 juillet 1791, Alexandre de Beauharnais achète à la Nation et pour 22 200 livres le Prieuré du Bourg avec « l’Eglise de pierres, couverte de tuiles et les bâtiments attachés ».
Le 18 octobre 1791, Antoine Huet, maire de la Ferté, reçoit une lettre du district de Romorantin qui lui demande que l’on envoie un voiturier pour prendre les deux cloches de l’église du Bourg Notre Dame, cassées en 22 morceaux, afin de les faire fondre à l’hôtel des monnaies d’Orléans.
Nul ne sait ce qu’il advient de Maître Joseph-Charles Jolly.

Madeleine Chenon

François Semelé (? - 1773 - 1774), charpentier et bedeau.

En 1745, comme il n'y avait plus de chanoine à la Ferté-Avrain, les cérémonies religieuses manquent de solennité. Les notables de la Fabrique de la Ferté décident d'avoir un bedeau. Qu'est-ce qu'un bedeau ? Le bedeau est un employé laïque de l'église, préposé au service matériel et à l'ordre, qui a pour insigne une canne et pour fonction principale de marcher devant les ecclésiastiques et les quêteurs et de leur ouvrir le passage. Mais cela entraîne des frais : il faut payer une robe en étamine noire, un bonnet carré et une "baleine" (nom de la canne qui était souvent un morceau de fanon de baleine). On commence par acheter le fil (8 livres 6 sols). C'est cher, on s'arrête là. En 1773, le projet est repris. Au diable l'avarice, on paye 24 livres d'étoffe et 2 livres de façon à François Franchon, tailleurs d'habits. Où trouver un homme digne pour assumer cette responsabilité ? François Semelé est sélectionné. Il est charpentier, mais il a surtout onze enfants et besoin d'argent. Il va donc prendre la fonction de bedeau pendant 6 mois pour la modique somme de 4 livres 10 sols. Pas de chance, il meurt brutalement en novembre 1774, alors qu'il n'a que 46 ans. Et il n'y a même pas de bedeau à l'enterrement. Les esprits sont perturbés.
Finalement on décide que le poste de bedeau est "inutile dans cette église" et les fabriciens décident de vendre la robe à la fabrique de Neung pour 20 livres. Toutefois dans l'inventaire de l'église de la Ferté en 1825, nous trouvons : "une robe de bedeau d'étamine noire et une "baleine" en bois garnie de son fourreau et un sac pour la dite robe et onze bonnets carrés." En 1830, on prévoit 9 francs pour le bedeau, donc il y en a un. En 1840, on lui rachète même un bonnet carré : "les anciens ont été jetés au feu".

Madeleine Chenon

Jacques Beaufour (? - 1787 - 1800 - ?)

1787 : Jacques Beaufour, le meunier de la ville est dit "Meunier de Monsieur le Vicomte". Il est imposé à la taille de 43 livres. Ce qui est beaucoup. Il a six enfants avec sa femme, Jeanne Naudin. Au moment de la révolution, Jacques Beaufour devient dès 1789 officier municipal et siège au côté de son maître, Alexandre de Beauharnais. En 1794, il signe le certificat de résidence du curé Brignet, puis fait partie des six notables du Comité de surveillance. Après la mort d'Alexandre en juillet 1794, le château et le moulin sont mis sous séquestre. Mais Jacques Beaufour reste là et assiste Rose quand elle vient à la Ferté le 20 septembre 1795 en "la maison de la citoyenne veuve Beauharnais (?)" pour tenter de récupérer quelques biens. Il n'y a plus que lui pour la soutenir. Les temps sont très difficiles. C'est Jacques Beaufour qui apporte à Romorantin la bibliothèque d'Alexandre, probablement pour éviter qu'elle ne soit pillée et probablement à la demande de Rose le 22 nivôse An II (11 janvier 1794). Il demande 60 livres au District de Romorantin pour ce travail. Pendant l'An VII (1799), il devient un des 30 volontaires de la Garde nationale de La Ferté ; il est nommé sergent. On perd sa trace en 1800. C'est Laurent Charpigny qui devient le nouveau meunier de la ville en 1801.

Madeleine Chenon

Angélique Beaufils, meusnière au Moulin des Cloyes sous la Révolution ( ? - 1793 - ?)

En 1793, à la mort de son mari, Jacques Charpigny, meunier, sa veuve Angélique Beaufils (cinquante ans) et leurs cinq enfants occupent les Cloyes sur le chemin bas. Ils gèrent le moulin et la métairie des Cloyes, ils gèrent également la métairie des Près (du Château). L’ensemble leur est loué par Alexandre de Beauharnais. Sur l’inventaire effectué, après la mort de Jacques Charpigny, Angélique Beaufils déclare un capital de plus de 2000 livres. L’énoncé de la garde robe de son mari est éloquent : vingt-sept chemises, quatre costumes élégants dont trois habits de drap (vert, violet, blond) et un habit de fort en diable*, des gilets de piqués rouges et blancs, des culottes de droguet blond, des chapeaux. Nous pouvons y ajouter des coffres, quatre lits à hautes quenouilles en bois de chêne, des rideaux de lit de serge jaune en huit pièces, des couvertures de laine blanche. Avec ses enfants, Angélique gère les deux métairies, un cheptel qui comporte deux gros cochons et six petits cochons, dix bœufs de trait, quinze mères vaches et cinq veaux de l’année, cinq "tores et torailles" de deux ans, quatre vingt quatre brebis et treize agneaux de l’année, dix mères oyes et un jars, onze oisons et quarante trois dindes, sept chevaux et un poulain ainsi que deux ruches. Elle est locataire d'Alexandre Beauharnais auquel elle doit 861 livres, un sol, 6 deniers du bail des Cloyes et de la Métairie des Près pour l'année 1793. Ses trois fils Jacques, Louis et Laurent Charpigny seront meuniers. Son petit fils, Louis-Silvain Charpigny (fils de Laurent) est meunier à Bouchault en 1860.

Madeleine Chenon

* Fort en diable : costume d’été et de fête avec des rubans que portaient les paysans au XVIIIème siècle.

Rosa Blanchet ou Sœur Claire de la Croix, institutrice ( ? - 1887 - 1945 - ?)

Rosa Blanchet fut une des héroïnes des conflits qui entourèrent la séparation de l’Église et de l’État à La Ferté. En 1860, l’école publique est divisée en deux parties. L’école des garçons a des instituteurs laïques. L’école des filles fonctionne sans problème, sous les bons auspices de religieuses : les Sœurs enseignantes de la Congrégation de la Pommeraye. Elle reçoit des aides des aristocrates d’alentour. Le 12 octobre 1887, la loi Goblet oblige l’école publique à n’avoir que du personnel laïque. Les religieuses devraient être donc obligées de quitter l’école publique et de rejoindre la Pommeraye. Mais les Fertésiens protestent : les religieuses rendent bien des services, elles s’occupent aussi des malades, des vieux. Il faut les garder à La Ferté. On crée une école congrégationniste. Pour faire une salle de classe, monsieur Langlois de "La Touchette" donne une remise située à droite de notre actuelle rue Avrain de Meung et, pour loger les Sœurs, l’abbé Hémery loue pour 200 francs une maison et fait la quête pour payer le loyer. L’abbé de Grancourt, beau-frère du châtelain René de la Selle propose aux Sœurs Joseph et Hilaire de revenir et de s’installer au château pour s’occuper de ses trois neveux orphelins et mineurs et de continuer à instruire les filles de La Ferté. Ce qu’elles font, et tous les jours par tous les temps, on les voit aller d’une maison à l’autre pour apprendre aux enfants calcul et lecture. Mais, en juin 1902, nouveau coup dur, la loi sur les Congrégations est votée. En juillet 1902, les deux dernières Sœurs sont expulsées et l’école fermée comme école congrégationniste. Les religieuses de la Pommeraye ne peuvent plus gagner leur vie en enseignant puisque qu’elles sont religieuses. L’évêque d’Angers les libère de leurs vœux. Sœur Claire de La Croix redevient mademoiselle Rosa Blanchet. Et le 15 décembre 1902, après de nombreuses formalités administratives auprès du Maire, du secrétaire de mairie, du Procureur de la République, du notaire, s’ouvre la première école libre, privée, laïque de La Ferté sous la houlette de mademoiselle Rosa Blanchet. Le premier jour, il y a 16 élèves, le lendemain 17, l’année suivante 40. Le 25 avril 1909, monsieur et madame Hémery vendent une maison de la rue Avrain de Meung à la famille de La Selle pour abriter l’école privée. À partir de la sécularisation, la famille de La Selle, seule, pourvoit à tous les besoins de l’école jusqu’à la guerre de 14 (logement, traitement, bois de chauffage, matériel scolaire et livres). “Mademoiselle Rosa” restera jusqu’en 1945. Bonne mais stricte, elle fera l’éducation des petites filles de La Ferté pendant 36 ans et restera inscrite dans l’inconscient fertois.

Madeleine Chenon

Marie-Jeanne Bourdas (1742 - 1818), une sacrée bonne femme !

Marie-Jeanne Bourdas, née en 1742, vient d'une vieille famille de maréchaux de forge de Neung-sur-Beuvron. Elle se marie le 14 décembre 1761 avec Louis Bonne, né le 26 décembre 1731 à Neung, régisseur et jardinier du château de Villebourgeon. Ils ont pour témoin Claude de Loyne d'Autroche. Ils vont avoir 11 enfants en 22 ans. Le couple doit avoir une bonne réputation puisque Jean Soutif leur donne le bail de "L'Auberge des Trois Piliers" à La Ferté-Beauharnais. C'est un lieu stratégique, en face du Château et, à partir de 1789, à côté de la mairie. Marie-Jeanne tient l'auberge, Louis s'occupe plus de la politique et des "évènements". Alexandre de Beauharnais traverse souvent le chemin pour les voir en voisin et sert de témoin aux mariages de la famille. La Révolution fait son œuvre. En 1794, Alexandre est guillotiné et Louis meurt brutalement. Marie-Jeanne et ses 11 enfants pourraient désespérer … Et pourtant, en 1799 et 1801 Marie-Jeanne paye patente pour la "Croix Blanche" dont elle a, semble-t-il, racheté la moitié. Puis elle rachète la totalité avec les "Trois Piliers". Marie-Jeanne va placer sa famille et surtout sa petite-fille Marie-Anne Clément, fille de Jeanne Bonne et d'Etienne Clément de Neung. En 1816 cette petite-fille épouse Etienne Sausset qui est apprenti menuisier chez son père. Les jeunes époux ont 20 ans. Marie-Jeanne les installe à la "Croix Blanche" en 1817 où ils vont prospérer et auront huit enfants. La famille restera plus de 50 ans à la "Croix Blanche". Marie-Jeanne elle-même va mourir riche en 1818. Une bonne grand'mère et une sacrée bonne femme !

Armand Bouvier-Châlon (1887 - 1984), reporter amateur de la Libération de La Ferté-Beauharnais

En 1924, Armand Bouvier-Châlon tombe amoureux de La Ferté-Beauharnais en épousant Madeleine Clément dont la famille y est implantée depuis 250 ans. Il y découvre la convivialité, la récolte des champignons et la pêche à la ligne. Le couple habite sur la grande rue de La Ferté, devant le carrefour avec le chemin de l'église, devenu depuis "Route de l'Abreuvoir". Au début d'août 1944, Armand a 57 ans, les fenêtres de sa salle de séjour donnent directement sur la route. Il est évidemment aux premières loges pour assister au reflux de l'armée allemande en direction de Lamotte-Beuvron. Il ferme ses volets, s'installe à quatre pattes derrière sa fenêtre, observe et prend soigneusement note de tout ce qu'il voit. Pendant tout le mois, il raconte les Allemands juchés sur leurs voitures, fusil au poing, mitrailleuse en batterie. Il mentionne les camions camouflés de branchages, les chenillettes, les pièces anti-tanks, les petites voitures d'officiers. Il nous dit la peur des gens de La Ferté quand des explosions formidables se succèdent (c'est le camp de Salbris qui saute) mais aussi leur courage quand il faut aller éteindre le feu dans les bois, mitraillés par les avions anglais. Il décrit aussi cette voiture allemande qui en pleine nuit traverse tout le bourg, en tirant sans discontinuer. Le 31 du mois d'août 1944 passage des dernières voitures allemandes "armées jusqu'au dents". Le 13 septembre, il raconte l'accueil délirant réservé à quatre Américains, arrivés en jeep, arrêtés de force. Ils vont ouvrir "Le bal de la Libération" ! Et il décrit bien d'autres anecdotes … tristes ou gaies. Grâce à Armand, ce sont de petits morceaux d'Histoire pieusement sauvegardés. 

Madeleine Chenon